
Revenons sur la question de la destinée et de la liberté humaines au travers de ce modeste témoignage.
J’en profite pour vous livrer mon point de vue : oui le libre arbitre existe, il est toujours là, à portée de main.
Mais comme le dit si bien Antoine de Saint Exupéry : « l’essentiel est invisible pour les yeux », si bien que nous ne le voyons pas.
Vous le savez, je fais des tirages de cartes régulièrement.
Il y a plus d’un an, madame K (cas) est venue me voir. Elle vient de la part d’une de mes connaissances.
Son histoire est douloureuse mais malheureusement banale parce que son cas est loin d’être isolé.
Le topo en quelques mots : elle a passé sa vie dans l’ombre d’un homme marié, à attendre sur la base de ses promesses qu’il vienne la rejoindre pour une vie enfin à deux ensemble. Bien sûr
au début, il ne s’est pas libéré parce qu’il ne pouvait pas faire ça à sa jeune épouse, puis il y a eu un, deux enfants. Ces derniers ont fini par grandir et Monsieur, quand madame K ne s’y
attendait plus, s’est libéré et est venu faire partie de sa vie au quotidien. Cela n’a duré que quelques semaines, il est parti ayant besoin de faire le point sur sa vie, seul. Quand il est
réapparu, il a annoncé à Madame K qu’il était désolé, mais qu’elle ne devait plus l’attendre, qu’il avait vraiment trouvé le sens de sa vie … avec une autre.
C’est là que Madame K, effondrée, en pleurs, en morceaux vient me voir pour me demander si elle doit vraiment tirer un trait sur cet homme ou si, comme elle l’espère, il est possible qu’il
revienne et cette fois-ci pour de bon.
L’expérience (c'est-à-dire le nombre de fois où l’on m’a posé cette question) me dit : ce n’est même pas la peine de sortir les cartes, offre-lui un café et un thé, fais- la pleurer un grand
coup et essaie de la convaincre qu’elle doit tirer un trait. Mais ce n’est pas ce qu’elle souhaite ni pour cela qu’elle est là.
Alors, je fais le tirage…. et miracle, non ! Pas miracle, surprise ! Les cartes me disent clairement, en pleine figure (il y a des tirages plus évidents que d’autres) que le monsieur va
bel et bien revenir vers une femme de son passé. Comme nous avons demandé au tarot s’il allait lui revenir à elle, il va lui revenir. Je lui explique avec précaution, lui
montrant les cartes. Elle hoche la tête, tout le temps, son mouchoir froissé passant d’une main à l’autre quand elle se les serre à en avoir les doigts tout blancs.
Ce qu’il y a aussi dans le tirage, c’est que quand il va revenir, le grand prince, madame K ne sera pas prête, elle ne voudra pas l’entendre, elle ne voudra plus y croire et aura tiré le fameux
trait, à moins que ce tirage ne lui serve à quelque chose.
Elle écoute, je sens qu’elle souffre. Elle dit : « Je ne crois pas une seconde à votre tirage, c’est impossible. Il ne reviendra pas. Je ne vous crois pas. »
C’est toujours une gifle quelque part, ce « je ne vous crois pas ». Je suis de nature, peu sûre de moi. C’est un comble, pensez-vous et pourtant combien de comédiens ont-ils embrassé
cette carrière-là pour vaincre leur timidité ? Ma réaction est de douter moi aussi, douter de moi, pas des cartes, d’être en colère, contre elle, pour me cacher que c’est de moi dont je ne
suis pas contente. Je pense que je ne suis toujours pas à la hauteur et que je ne sais toujours pas lire mes cartes. Ma seconde réaction est de toujours faire confiance à mes cartes. Avec le
temps et le travail, elles ne me trahissent plus guère.
D’un autre côté, je ne veux pas convaincre. Je ne suis pas voyante. Si elle ne me croit pas, c’est son libre arbitre.
Je maintiens mes propos, mon tirage ; en principe, la personne repart avec une K7 de notre conversation (si elle l’a amenée avec elle, ce que je propose lors de la prise de rendez-vous),
elle a donc la possibilité de le re-écouter à loisirs. Elle l’avait fait, sa K7 avait bien été enregistrée.
Elle me tient tête, essaie de me convaincre moi qu’il ne reviendra pas, elle le sait, elle le sent, tout est fini. Elle avait pourtant un doute, puisqu’elle vient me voir. Elle a été voir une
voyante, une vraie, qu’elle a payée, cher, dit-elle au passage, et cette voyante a bien dit qu’elle n’aurait plus jamais de ses nouvelles mais qu’elle allait rencontrer quelqu’un d’autre,
quelqu’un de bien.
Madame K dispose bien là, du plus bel libre arbitre qui soit, elle a le choix, elle a deux versions que tout oppose : une où elle a payé qui lui dit que c’est bel et bien fini, une gratuite
(excusez-moi) qui lui dit que son avenir avec cet homme ne dépend que d’elle.
Je ne cherche pas à la convaincre ; je n’ai rien à démontrer, ça l’agace un peu, mais moi aussi d’ailleurs.
Je lui dis de se donner du temps et qu’on verra bien. Je lui demande seulement que si cet homme la recontacte, elle m’en informe.
Poliment, elle me répond que comme je ne fais pas payer, elle veut bien me tenir au courant, (rires et sourires).
Sur ce, nous nous quittons.
Je me dis que je n’aurai jamais de ces nouvelles ; pour ma défense, si peu m’en donnent.
Et bien, elle si, elle va m’en donner !
En début d’année, elle me contacte : « vous vous souvenez ? », oui, je m’en souviens
« Et bien vous aviez raison, il m’a recontacté, il m’a appelé et il veut qu’on se revoit. Il n’est pas bien, il sent qu’il y a un manque dans sa vie, et vous vous rendez compte, Carie, ce
manque, ce serait moi ! », dit-elle.
Oh oui, je me rends compte mais elle m’explique ce que je sais déjà parce que je me rappelle bien d’elle : elle, elle ne veut pas, elle ne veut plus, elle n’a pas confiance.
Je dis ok, je ne reparle pas du tirage, je lui explique que je suis contente qu’elle aille mieux. Elle raccroche.
Je suis soulagée, mon tirage était le bon. Je sais qu’elle est toujours persuadée que je me suis trompée puisqu’elle ne refera pas sa vie avec lui. Mais je m’en moque. Elle m’a d’ailleurs dit
qu’elle a fait des rencontres mais qu’elle n’est pas prête, qu’elle ne veut plus se faire avoir, et du coup reste sur ses gardes pour l’instant. Elle attend LA rencontre que lui a prédit l’autre
voyante.
Et bien, il y a quinze jours, elle me téléphone pour me dire : « Il faut qu’on se voit, j’ai besoin de vous. J’ai rencontré quelqu’un et je veux savoir si c’est bien celui que m’a
prédit l’autre voyante !! ».
Que faut-il donc comprendre là-dedans ?
Pourquoi revient-elle vers moi, qu’elle ne croit pas, au lieu d’aller chez l’autre dont elle est justement en train de faire le jeu ?
Est-ce que c’est ça le libre arbitre ?
Je sais que ce n’est pas une question d’argent, elle a les moyens et est du genre à penser que si on paie, ça a plus de valeurs que si on ne paie pas.
La conclusion est que nous avions, l’autre voyante et moi, raison toutes les deux. Moi, en lui disant qu’il reviendrait et qu’elle le refoulerait et l’autre qui lui annonçait qu’elle
rencontrerait quelqu’un d’autre.
Je me demande si elle n’est pas justement en plein dans le sujet : besoin de savoir, mais besoin de garder le contrôle de la situation (le libre arbitre avec une pointe de contradiction
systématique). Elle sait que si elle met en doute ce que je lui dirai (si j’accepte de la revoir), elle repartira avec ses doutes et sa K7. Je ne pense pas qu’elle ait tenu les mêmes propos à
l’autre voyante, qu’elle ait mis en doute ce qu’elle lui prédisait.
Je poste ce message pour être intègre jusqu’au bout, je n’ai pas envie de lui refaire un tirage.
Quand elle m’a appelée, je me suis défaussée par manque de temps. Il est vrai que je n’étais pas disponible. Mais si j’avais voulu, je l’aurais trouvé.
J’ai voulu prendre du recul. Je voulais refuser brutalement en lui disant que ça ne servirait à rien puisqu’elle ne me croit pas. J’ai préféré réfléchir. Maintenant, je suis à l’échéance et dois
prendre ma décision. Je vais la rappeler et me désister en lui expliquant que son manque de confiance me perturbe et m’empêche de lui refaire un tirage. Je ne jetterai aucun doute, malgré mes
convictions personnelles.
Ce que j’aurai vraiment voulu, c’est qu’elle écoute la K7, y compris dans la partie où si elle se donnait du temps, elle aurait connu son homme tel qu’elle l’avait toujours désiré et tant
attendu.
Mais ça, c’est aujourd’hui dans ses oubliettes.
Le bonheur met parfois du temps à arriver et à le vouloir trop vite, on passe à côté.
L’histoire de Madame K est la destinée humaine, c'est-à-dire à chaque instant, une question de choix, de décisions, de liberté, de libre arbitre…
Carie
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